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Yvan Bourgnon : le cata dans la peau

22/03/2013

Yvan Bourgnon : le cata dans la peau

Quand en 1969 Hobie Alter invente son célèbre slogan « Hobie, a way of life », Yvan Bourgnon n’est pas encore né. Aujourd’hui pourtant, il pourrait en être une incarnation vivante. Pour Yvan, naviguer en cata de sport est plus qu’une passion, cela va bien au-delà d’un métier, c’est avant tout un véritable mode de vie.

Sur le Salon Nautique, Yvan ne déambule plus les pieds nus, mais promène sa bonhomie et son grand sourire dans les allées. Son petit catamaran vert de 18 pieds qu’il a mené avec Sébastien Roubinet autour du Cap Horn est exposé au fond du Hall 1. L’éclairage orange "fin du monde" ne rend pas forcément hommage au niveau de préparation incroyable de l’engin. Les visiteurs ont-ils conscience d’ailleurs de ce qu’ont vraiment réalisé ces deux extraterrestres ? L’exploit pourtant n’est pas banal : 450 milles en 60 heures intenses, jusqu’à 45 nœuds de vent et 7 m de creux. Le tout sans assistance, bien sûr. Tout sauf une promenade de santé.

Naviguer sur de "petits engins", c’est être en contact direct avec la nature, le corps livré aux éléments. L’équation y est simple : pour rester en vie, il faut rester à l’endroit. Yvan a ce besoin de s’exposer physiquement, voire de risquer sa peau. Aurait-il pu pratiquer d’autres sports extrêmes ? Sans aucun doute. Mais ce qu’il aime en bateau, c’est pouvoir être extrêmement bien préparé. Sinon ? "Sinon t’es mort." Préparation physique du bonhomme, bien sûr. Préparation technique du bateau aussi, forcément. Mais surtout une accumulation de milles. Des centaines, des milliers, des dizaines de milliers, à ne plus pouvoir les compter. Par tous les temps, en toutes saisons, sur toutes les côtes, dans les conditions les plus difficiles, il ne manque jamais une occasion. Depuis toujours.

Acte I : Février 1988 sur la côte Atlantique près de Nantes. Yvan vient de s’acheter son premier Hobie Cat 16 d’occasion. Un rêve réalisé à force de petits boulots. Toutes les vacances, tous les week-ends y sont passés. Déjà pendant le tour du monde sur le monocoque familial, pas vraiment attiré par la planche à voile qui faisait pourtant fureur à l’époque, il "savait" : son avenir serait sur plusieurs coques. Pour la glisse, la liberté, la vitesse, le fun. Au retour, cette acquisition est devenue une véritable "obsession". Le moyen évident pour lui de prendre son autonomie. Le vent souffle d’ouest. Force 7. Peu importe si c’est la première sortie, il faut naviguer ! A 10 milles des côtes, c’est le dessalage. Il voit son équipier s’accrocher au bateau. Couché à 90 degrés, celui-ci dérive rapidement. Yvan ne peut le rattraper : "Je ne sais pas bien nager !" Le fier navire "s’explose" sur la digue du port de la Gravette. Son coéquipier est retrouvé sain et sauf à proximité. Lui arrivera sur la plage six heures après leur chavirage, en sérieuse hypothermie. Premier souvenir en multicoque. Première expérience d’une longue série, toujours en cours.

Economiser. En acheter un autre. Repartir. Avec l’aide de la Ville de St-Brévin et de l’importateur Hobie Cat en France, il écume les régates avec sa copine comme équipière, jusqu’à être sacré champion de France en 1995. Année de LA parenthèse monocoque : sur son 6,50 m Omapi-St-Brévin, il explose tout le monde et réalise un triplé inédit (voir encadré). Un secret ? Barrer son mini "comme un Hobie Cat", sans jamais réduire, 72 heures d’affilée s'il le faut. Toujours ce défi physique, ce besoin de se surpasser. Parenthèse vite refermée. Pas question de suivre la filière Figaro classique, ce sera le 60’ multi, direct ! Pas un plan de carrière, mais un mode de vie. "Une façon d’être." Equipier assidu de Laurent, son aîné de 5 ans, alors en pleine apogée à bord du 60’ Orma Primagaz, il est bien sûr de toutes les courses en équipage, mais aussi de tous les convoyages, tous les entraînements, toutes les sorties. A même pas 25 ans, il s’agit de saisir toutes les opportunités qui se présentent. Cumuler les milles pour apprendre. Toujours. Alors, quand le grand oiseau blanc ne sort pas, il retourne naviguer sur son petit Hobie 16.

Pour aller au bout de ses rêves, il lance ses propres projets, quitte à ne pas être forcément sur les bateaux les plus performants. Avec des budgets qui paraissent dérisoires aujourd’hui. Deux cent mille francs (30 000 euros !) pour sa première Québec-St-Malo. Cent mille (15 000 euros !) pour sa première Route du Rhum. Yvan est dans son élément. Là où il voulait être. En solo ou en double, il s’agit de gérer le capital humain autant que le support matériel. Tout réside dans le positionnement précis du curseur. Il est tellement facile d’aller à fond. Tellement difficile de lever le pied quand la bataille fait rage, que le niveau de compétition n’a jamais été aussi élevé. Jusqu’à, précurseur, lancer la première écurie multi-supports, mutualisant les connaissances, couvrant le maximum de champs possible (météo, condition physique…) avec l’ambition de former de jeunes talents. Un projet qui le propulse, peut-être un peu malgré lui, vers un autre métier : manager de 25 personnes. Une expérience très riche. Très dure aussi. Une aventure de trois ans qui ne survivra pas à la mort de l’Orma et à la défection de ses sponsors principaux. Mais derrière le visage rond, paraissant presque poupin malgré la courte barbe poivre et sel, la détermination de cet homme est faite d’un acier vraiment inoxydable. Une volonté et des principes : ne jamais abandonner, ni un projet (malgré un démâtage le jour de son mariage, joli cadeau), ni son bateau (5 jours dans la coque centrale de son trimaran retourné dans la funeste Route du Rhum 2002). Et une image qui restera à jamais gravée dans sa mémoire, le record des 24 heures en solitaire : 610 milles. Il est en convoyage avec ses vieilles voiles, mais la fenêtre est bonne. Alors il fonce dans le golfe de Gascogne pour ne pas la louper, au large de Lisbonne. Il ne dort que quatre heures en deux jours. A la barre et au winch, à 32-33 nœuds pendant 22 heures… jusqu’à la rupture du foil ! "Un truc de psychopathe, pas sérieux du tout."

Mais quand en 2007 les lampions du bal s’éteignent, il se remet à l’eau, en cata de sport. Sans nostalgie. Sans frustration. Au contraire, avec la passion à l’état brut. Comme chevillée au corps. Toutes ces belles années, il estime, avec recul, avoir eu la chance de les connaître. Il veut juste continuer à vivre multi. Peu importe le support. Il retrouve avec bonheur son rôle de marin-équilibriste. Les plaisirs simples de "beacher" en pleine nature, de la rencontre avec les habitants. Loin de l’élitisme des gros bateaux, aux villages partenaires fermés au public (hérésie). Il aurait pu partir en croisière dans le sillage de son grand frère, mais il y a toujours ce besoin de défi qui le guide. Alors après le Horn, que faire de motivant sinon un tour du monde en cata de sport ? Certes, il ne sera plus de série, mais tout aussi puissant et un peu plus grand : 21 pieds. Un peu plus solide aussi car en kevlar. Mais toujours sans habitacle. Bonheur de construire soi-même. Jubilation à peine masquée d’à nouveau (presque) tout maîtriser. Petit bateau. Petit budget. Un "trip" de huit mois, alternant longues étapes et périodes de repos de 2-3 semaines chez l’habitant. Sans assistance, bien sûr. Peut-être seulement un bateau média sur certaines étapes. Mais en autonomie totale : sextant, panneau solaire pour l’Iridium et dessalinisateur manuel compris ! Un tour classique (sic !) par les tropiques, Panama et Suez. Et les pirates de la mer Rouge? "On verra !"  Non, ce qui l’embête le plus, c’est la gestion de la peau. Exposée trop longtemps à l’eau de mer, c’est la principale pathologie des traversées un peu extrêmes. Alors il travaille avec un laboratoire sur une solution très innovante. Ne jamais rien laisser au hasard. Surtout quand sa vie est en jeu.

Attendez ! Une dernière petite chose. Un conseil rare, car comme le dit le dicton anglo-saxon, "une mauvaise journée en mer vaut toujours mieux qu’une bonne journée au bureau". Mais si Yvan Bourgnon vous propose un jour de faire un tour en mer avec lui, réfléchissez-y quand même à deux fois avant d’accepter. Le terme "tour en mer" peut revêtir chez lui des notions qui vous paraîtront à vous, marin "normal", même confirmé et très expérimenté, plutôt "extrêmes". C’est son mode de vie. Peut-être même, quelque part, un peu de sa raison de vivre.



Yvan Bourgnon en quelques dates
6 juillet 1971 : Naissance à la Chaux-de-Fonds en Suisse
1979 - 1984: Tour du monde en voilier avec ses parents
1988 : Premier Hobie Cat 16
1995 : Triplé : Mini Fastnet, Transgascogne et Mini Transat
1997 : Victoire dans la transat Jacques Vabre avec son frère Laurent
2000 : Record des 24 h en équipage : 625,34 milles
2006 : Record des 24 h en solitaire : 610 milles
2012 : Record des 24 h en cata de sport : 344 milles au large du Brésil en F20
2012 : Passage du cap Horn avec Sébastien Roubinet sur un cata de sport
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