Multicoques Magazine, l'essentiel du catamaran et du trimaran
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Monsieur Fountaine...

23/07/2013

Monsieur Fountaine...

Sportif émérite, pionnier parmi les précurseurs, manager tous temps, et leader incontesté dans une industrie qui ne manque pourtant pas de personnalités, l’expression est souvent galvaudée, mais en l’espèce, s’il y a une personne incontournable dans le nautisme en général et dans le petit monde du multicoque en particulier, c’est bien Jean-François Fountaine. Nous avons réussi à lui voler une heure de son temps. Rencontre.

Hélène, sa responsable communication qui a organisé ce rendez-vous, le cherche depuis trois quarts d'heure, n'arrive pas à le joindre sur son portable, semble quelque peu gênée. Pas de souci de notre côté pourtant, nous avons toute la journée devant nous. Enfin, elle le trouve et l’accompagne vers le ponton du salon du Multicoque. L’imposante stature de Jean-François Fountaine descend la panne du port de La Grande Motte. De par sa taille, sa carrure, on peut dire que l’homme en impose. Physiquement. Une gueule de Corto Maltese mais version Stade rochelais de rugby : la mèche toujours rebelle, modelée aux embruns et aux rafales, la barbe poivre et sel de trois jours soigneusement entretenue. A travers leurs deux fentes, ses yeux vous transpercent de leur espièglerie, mais les fines lèvres ciselées ne vous laissent pas longtemps sans un sourire. La pogne est calleuse d’avoir tant tenu le cap en toutes circonstances, et ne rechigne jamais à souquer ferme une amarre. Aussi la voix vous paraît-elle, par contraste sans doute, surprenamment douce. Son agenda de ministre, la crise économique qui n’en finit pas, les responsabilités qui s’empilent, ne semblent pas avoir de prise sur ce solide gaillard. Après nous avoir salués avec beaucoup d’attention, il prend le temps de saluer également chaque personne de son staff présente sur le stand ce matin-là. Glisse un bon mot à l'un, s'inquiète de la bonne présentation des bateaux auprès d'un autre, s'enquiert des dernières nouvelles auprès de sa "super" équipe. C’est ainsi qu’il les appelle. Avec beaucoup d’humanité dans la voix, et de reconnaissance pour le travail qu’ils fournissent tous les jours. Malgré tout, reste encore à ce stade ce sentiment, un rien intimidant, de vous trouver incontestablement face à l'un des pères du nautisme moderne, un régatier hors pair, un précurseur de la course au large en multicoque.

Car le problème avec Jean-François Fountaine, c'est que vous ne savez pas trop par où commencer. Son parcours olympique en 470, qui l’a mené jusqu’aux jeux de Montréal en 1976 ? Son incroyable carrière de capitaine d'industrie visionnaire ? La générosité qui forcément anime un homme qui prend de son précieux temps pour conduire les destinées de la Fédération des Industries Nautiques ? La passion qui le conduit aussi à s’investir au sein de l’Association Hermione Lafayette ? Ou alors son parcours politique, voire les ambitions que ne manquent pas de lui prêter certains ? N'en jetez plus, la coupe est pleine. Pardon, le CV est plein ! Et les journées aussi, n’en doutez pas...
C’est pourtant loin de la mer que sa vie débute. Boulogne-Billancourt, c’est déjà l’Ouest, me direz-vous… mais de Paris ! Pas vraiment le berceau idéal pour faire carrière sur l’eau salée. Mais pour celui qui passa par Centrale Nantes (toujours plus à l’Ouest), la mer sera LA matrice de toute une vie. A force de naviguer, il se laisse aller à régater. Comme M. Fountaine fait rarement les choses à moitié, le voilà qualifié pour les Jeux de Montréal en 1976. A son retour, déjà à la tête d’une petite troupe, il crée son propre chantier naval. Dériveurs puis trimarans de course réputés (Royale de Philippe Facque et du regretté Loïc Caradec) sortent des ateliers rochelais alors que lui continue à écumer les plans d’eau avec succès : Champion du monde de Half tonner en 1980, second de la Solitaire du Figaro en 1981… excusez du peu ! Mais de catamaran, il n’est encore point question. Alors, qu’est-ce qui déclenche, en ce début des années quatre-vingt, trente ans de révolution architecturale, industrielle et donc sociétale pour nous tous, passionnés de navigation à deux ou trois coques ?

Lui se souvient précisément. D'une voix posée, il évoque cette photo aperçue dans un magazine américain d’un catamaran fonçant à pleine vitesse. Fasciné, envoûté, homme d’action, il commande immédiatement des plans à l’architecte Michel Joubert. Forcément à la tête de l’association, il lance la construction du premier Charente Maritime. Reconnaissable entre tous avec ses bras cintrés, hauts sur l’eau. Il est avant tout léger, le premier à remplacer l’alu par le polyester. Il insiste pour rappeler que c’est le duo qu’il forme avec Pierre Follenfant qui skippe le bateau. Et l’orgueil pointe à l’évocation d’un palmarès très vite flatteur et de courses aujourd’hui disparues mais qui ont forgé la légende de la course au large "à la française": La Baule-Dakar, La Rochelle-La Nouvelle Orléans, Transat en double… Une épopée immortalisée par Christian Février lors du Trophée des Multicoques à La Trinité-sur-Mer, bateau sur une coque, toute-puissance exprimée. Alors l’œil se fait malicieux, et c’est dans un grand éclat de rire irrévérencieux qu’il rapporte les propos du dieu vivant qu’était Eric Tabarly à l’époque : "Traverserais pas la baie de La Baule avec !" Visiblement, la fierté d’avoir eu raison d’oser, innover, risquer l’emporte sur la reconnaissance plus académique d’une Légion d’honneur reçue de nombreuses années plus tard. Ce n’était pourtant qu’un début puisqu’à peine deux années plus tard, pavé dans la mare des Anglo-Saxons, alors seuls constructeurs de catamarans de croisière, il lance le Louisiane : léger, rapide, habitable, en un mot, moderne : ce bateau a tout et le succès est immédiat. Même si JFF le reconnaît avec humilité : ce modèle ferait bien rigoler la clientèle actuelle. Deux ans plus tard, en 1985, nouveau coup de tonnerre, c’est le Casamance, qui affiche un volume habitable pour le coup vraiment intéressant. C’est le début d’une fantastique aventure entrepreneuriale dans un marché qu’il contribue à professionnaliser. Jusqu’à 400 personnes à gérer, une entreprise cotée en bourse, un réseau de distribution mondial, il est loin le temps des copains un peu bohèmes des débuts.

Monsieur Fountaine...
Et c’est là, après la régate et la direction d’entreprise, qu’apparaît la troisième vie de Jean-François Fountaine, fédérateur de tout un secteur. Il avoue s’être beaucoup inspiré des conseils amicaux d’Yves Gonnord (PDG de Fleury-Michon), qui lui a transmis son sens du long terme. Aussi, quand en 2009 Annette Roux (Groupe Bénéteau), dont le parcours lui inspire tant de respect, souhaite quitter la présidence de la FIN (Fédération des Industries Nautiques), elle se tourne naturellement vers lui, et son nom s’imposera à tous avec la même évidence. Adhérent depuis toujours, il croit en la force de l’action collective, s’enthousiasme pour le développement du métier, même en cette période de crise où s’adapter relève de l’euphémisme. La variété des sujets (construction, services, location…) et la vision internationale qu’impose l’actualité le passionnent.
L'entretien n'aura pas duré une heure. D'autres obligations l'attendent. Un avion le ramènera dès cet après-midi vers l'Ouest. La Rochelle. Il aimerait trouver plus de temps pour naviguer. Le catamaran qu’il possède en copropriété (nous n’arriverons pas à en connaître la marque ou le modèle mais nous avons un indice !), après avoir croisé du Canada à Cuba, l’attend désormais en Méditerranée. Son esprit vagabonde. Il se souvient de tous ces bons moments passés. Du baptême de son premier catamaran par Bernard Giraudeau devenu par la suite un ami. Du rêve de naviguer un jour en Polynésie. Bientôt peut-être. Mais pas, je crois, tant qu’il ne saura pas les siens, au sens large de tous ses collaborateurs, voire peut-être de tous ses confrères, dans un environnement stabilisé. En attendant, en pleine tempête, ils sont nombreux à suivre la large carrure, à s’appuyer sur la solide épaule, de ce Monsieur, avec un grand M. Respect.

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