Multicoques Magazine, l'essentiel du catamaran et du trimaran
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Habemus Wharram !

24/09/2013

Habemus Wharram !

85 ans et plus amoureux que jamais. Des multicoques d’abord. De la vie aussi. Passionné et passionnant, rencontre touchante, marquante, avec un homme tout en simplicité, générosité, humilité, qui refuse qu’on le qualifie de légende vivante, et pourtant…

Sur le vieux port de Sète, le vent est en mode tramontane. Forte. Les "Golden Oldies", anciennes gloires de la course au large à deux ou trois pattes, amoureusement restaurées et entretenues, sont prudemment restées à quai. Tout comme les thoniers, à quelques mètres de la criée. James Wharram, lui, a passé là son après-midi à faire découvrir son magnifique Pahi 63 personnel : Spirit of Gaia. Il arrive au bras d’Hanneke Boon, membre de "Wharram Design" depuis quarante ans. Ce ne peut être que le vent qui courbe un peu son dos, et la canne n’est sans doute là que pour contrer les plus violentes rafales, car sinon, quelle vivacité intellectuelle, quelle jeunesse d’esprit, quelle éloquence !
Par cette météo tempétueuse, tout le monde s’est réfugié au Saint-Clair, LA brasserie sétoise, pour suivre la projection du film d’Hanneke sur l’expédition Lapita. 4000 milles, des Philippines au Nord du Vanuatu, sur la route des premières migrations polynésiennes. Immobile pendant toute la durée de la projection, son regard ne quitte pas l’écran pendant plus d’une heure. Captivé, comme s’il le découvrait pour la première fois. Bien qu’ayant dû renoncer à la fin du voyage pour raisons de santé, il en a pourtant couvert près de 80 % et est au centre de toutes les attentions. Mais il préfère se mettre en retrait pour ne pas voler la vedette à Hanneke, qu’il pousse à répondre elle-même aux questions de l’assistance : "C’est ton film…"

Alors que sa jeunesse et son instinct l’auraient sans doute mené vers les montagnes, deux évènements vont le mener vers un tout autre destin, d’autres sommets : la lecture à 16 ans d’un ouvrage du Français Eric de Bisshop, précurseur avant-guerre des navigations au long cours et spécialiste de la Polynésie. Ensuite, une rencontre un peu particulière avec la reproduction d’une pirogue à balancier polynésienne. Au British Science Museum de Londres, tout est là. Le ratio longueur / largeur des coques : 1/11 ou 1/12 contre 1/3 pour les monocoques occidentaux. La hauteur de mât raisonnable (1 à 1,2 fois la longueur du bateau). Les mâts immenses sont pour Jim un effet de mode hérité de la course, rendant les bateaux dangereux et difficiles à manœuvrer. La vitesse de carène étant une résultante directe de la longueur à la flottaison, si on veut aller vite, il faut faire plus long, pas plus haut. Enfin et surtout, la simplicité, dictée par la dureté de la Préhistoire de l’humanité, qui vous fait toujours rechercher l’efficacité maximale. Une stabilité et des performances naturelles rendant possibles des navigations au long cours, entraînant de fait des migrations qui joueront un rôle majeur dans l’histoire de l’humanité. Alors que nos ancêtres européens en étaient encore à bégayer l‘art rupestre dans les grottes de Lascaux, les Polynésiens naviguaient à la conquête du monde, parcourant en distance l’équivalent de quatre transatlantiques ! Historien maritime ET architecte, il sait et insiste pour rappeler que nous n’avons rien inventé. Que nos multicoques de course modernes doivent tout à ces premiers voiliers construits il y a plusieurs milliers d’années en plein Pacifique. Véritable encyclopédie vivante du multi, il connaît toutes les publications traitant du multicoque dans le monde ! Depuis toujours !

James Wharram sera fidèle à ces principes de conception et de construction toute sa vie. Sa première construction est un catamaran de 23 pieds (comme la pirogue du musée !) inspiré par les observations du capitaine Cook en Polynésie, les dessins de son idole Eric de Bisschop et du radeau Kon Tiki ! Ils embarquent à trois en 1955 pour une première transat à bord de "Tangaroa", dieu polynésien de la mer et des poissons. Arrivé à Trinidad, toujours aussi agile de ses longues mains, il se construit pour habitation un radeau de bambou surmonté d’une paillote. Mais après une traversée aussi épique que riche en enseignements, il ne manque pas d’idées pour continuer son voyage. Voisin de mouillage, il fait la connaissance de Bernard Moitessier, qui vient également de terminer sa première transat. Est-ce que leur rencontre influencera plus tard Bernard lors de son abandon du Golden Globe pour rejoindre Tahiti ? Nul ne le sait, mais alors très "rationnel", très "français", Moitessier non seulement encourage mais aide aussi James à se lancer dans la construction de son dessin de quarante pieds, pour fuir l’enfer vert et bureaucratique qu’est alors Trinidad. Baptisé du nom d’une autre divinité polynésienne, Rongo, il leur permettra de croiser dans les Caraïbes, de remonter sur New York, avant de revenir en Irlande. C’est là qu’en 1964 on lui commande le premier plan suivi d’une longue série : un catamaran polynésien de 35’ qui coûtera à l’époque… 600 livres sterling !

Si son "instinct nomade", comme le glisse malicieusement Hanneke, ne le quittera jamais, il ne s’arrêtera plus de dessiner des bateaux. Toujours pour les moins fortunés. Par principe. Des bateaux pour aller vite, loin, avec moins de matériaux, moins de technologie. Jusqu’à 10 000 plans produits à partir de cette géniale inspiration de peuplades trop facilement qualifiées de primitives. Cela lui vaudra une reconnaissance officielle dans son pays natal. Award auquel on sent bien qu’il est sensible. En grand couturier de la mer et du vent, il dit que dessiner un bateau, c’est comme habiller une jolie femme, et se rappelle ce proverbe anglais : "La droite est la ligne du devoir, la courbe la ligne de la beauté." Jim et Hanneke voient un bateau comme une œuvre d’art, une sculpture fonctionnelle.
Son sillage a croisé ceux tout aussi prestigieux de Moitessier, Bob Harris, Herischof… Ce matin, comme Brel, Ferré et Brassens en leur temps, assis à une même table, il a refait le monde avec deux autres "monstres sacrés" de l’architecture navale : Marc Van Peteghem et Dick Newick. Il dit admirer le travail d’un Nigel Irens, aurait tant voulu vivre au temps des Cook et autres Bougainville. Parfois, quand un nom ou une date lui échappe, il pose avec tendresse sa main sur le genou d’Hanneke, et elle de pallier avec tact ces oublis d’avoir trop vécu. De même, quand nous lui demanderons une dédicace pour vous, lecteurs de Multicoques Mag, c’est elle qui prendra la plume pour écrire, d’une main assurée, les mots qui eux arrivent avec tant de clarté, comme une évidence :
« La mer est faite pour naviguer.
Le multicoque est le plus génial et le plus ancien voilier de toute l’histoire.
Construisez-en un, achetez-en un, devenez un personnage de l’histoire. »
James Wharram

Il se fait tard. Hanneke ne veut pas qu’il s’épuise. Et puis ils ont cette invitation, qu’en bon gentleman britannique il tient à honorer à l’heure. Alors, sur les quais de Sète maintenant baignés de la lumière du soleil couchant, nous les regardons s’éloigner, bras dessus bras dessous, comme à vingt ans. Lui le port toujours altier, elle à ses côtés, incroyablement prévenante. Les partisans du monocoque acier sur lequel "trop fort n’a jamais manqué" ont Bernard Moitessier. Nous, inconditionnels des multicoques, légers, simples, marins, stables, nous avons Wharram.

Habemus Wharram !

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