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J'ai skippé un cata pour la première fois

03/02/2009

J'ai skippé un cata pour la première fois

Et vous la première fois… C'était comment ? En général on s'en souvient toute sa vie. Un grand moment d'émotion précédé par quelques nuits agitées. Michel a bien voulu nous raconter sa première en tant que skipper d'un cata de location aux Antilles.

Mon expérience nautique est assez limitée… Quelques navigations dans le sud de la France avec des amis, toujours sur des monocoques et deux semaines de location avec skipper aux Antilles sur un catamaran. Seulement voilà, nous avions décidé de partir avec des amis aux Antilles. Le choix du cata était pour nous évident, puisque nous serions quatre adultes et quatre enfants. Mais compte tenu de notre budget, nous nous sommes volontairement limités à un cata offrant quatre cabines doubles… Donc pas de possibilité de s'offrir un skipper si rassurant.

Huit personnes - quatre cabines doubles...
Et pourtant ces vacances, nous en rêvions vraiment depuis longtemps. Alors comment faire ? Louer plus grand ? Difficile vu notre budget. S'entasser dans le cockpit pour laisser une cabine à un skipper ? Pas vraiment agréable. Au fil des discussions, Charly ose la question : "et toi, tu ne te sens pas de skipper le bateau ?" Pour être franc, j'y avais bien pensé, mais je n'avais osé lancer cette idée. J'ai en effet déjà skippé des monocoques (seulement pour une journée en mer), et je connais la zone où nous voulons naviguer, pour y avoir fait déjà deux croisières…
Seulement voilà, il y a un hic… Si nos amis sont prêts à se lancer, ma tendre moitié est elle beaucoup plus réticente ! A l'en croire, c'est tout juste si j'ai déjà posé mon pied sur le pont d'un bateau, et même les photos de mon stage aux Glénans à l'âge de 14 ans n'y font rien. Elle refuse de laisser la chair de sa chair risquer sa vie avec un incompétent notoire, comme leur père ! Ca promet !

la décision est prise
Finalement, et après de nombreuses négociations, nous arrivons à convaincre ma femme… L'envie de partir et la connaissance de la zone finissent de la convaincre. Nous partiront donc en cata, sur un Lagoon 380. Départ de Guadeloupe avec pour objectif, de faire le tour classique, soit Marie Galante, La Dominique et les Saintes.
A peine la décision prise, je passe mes nuits à compulser maladivement le Patuelli, le guide indispensable d'une croisière aux Antilles. Et bien sûr la collection intégrale de Multicoques Mag et les fameux conseils du Docteur M... En bon capitaine, j'explique dans les nombreux dîners d'avant départ, les mouillages retenus, les temps de navigation entre deux escales, et même là où on nous pourrons aller boire un coup… Bref, l'ambiance est bonne et la confiance parfaitement installée entre le Captain et son équipage. Seulement voilà ! De mon côté je commence à me demander si tout cela est vraiment raisonnable… Des images de mes croisières en catamarans viennent me hanter la nuit. Notamment les manœuvres de port, qui semblaient si facile pour le skipper professionnel, et que je regardais alors avec admiration. Comment vais-je m'en tirer ?

Premières difficultés
Pour des raisons de planning, nous avons loué notre catamaran en été. La période n'est pas la plus prisée, mais les cyclones n'arrivent en général pas sur les Antilles françaises avant les premiers jours de septembre, et au moins les mouillages risquent d'être un peu moins encombrés. Un plus pour moi !
Tout se complique, lorsque nous recevons par mail la demande d'avitaillement du bateau. Lors de mes expériences en tant que skipper, nous étions simplement partis pour la journée. Là nous partons à huit, pendant une semaine. Combien d'eau par jour et par personne ? Combien de repas à terre ? Qu'est-ce qui se conserve pendant une semaine à bord d'un bateau sous les tropiques ? Combien de temps vont durer les salades ? Bref, les questions sont nombreuses, et mon équipage commence à se dire que le capitaine n'a pas vraiment l'air sûr de lui. On finit tant bien que mal par se mettre d'accord, et envoyons la liste d'avitaillement au loueur. Et là, une angoisse m'étreint. Et si le loueur refusait tout d'un coup de me laisser la charge du bateau, en voyant cette liste si approximative ? Heureusement, ne voyant aucune réaction de sa part, j'en conclus que notre avitaillement est à peu prêt correct. Un bon point pour moi.

Capitaine à la barre
L'avantage de partir aux Antilles, c'est qu'après un voyage de dix heures dans la classe économique d'un avion, on n'a qu'une envie, c'est de dormir. La première nuit se passe donc très bien, et je n'ai aucune angoisse avant de prendre mon commandement. Après une bonne nuit réparatrice et un réveil (très) matinal, décalage horaire oblige, je commence à ne vraiment plus être du tout dans mon assiette. A tel point que je n'arrive même pas à avaler quoi que ce soit au petit déjeuner : il faut dire que dans quelques heures, je vais me retrouver à la barre d'un catamaran de 12 mètres, et que je vais devoir le sortir du port !!! Mais dans quelle galère me suis-je donc fourré ? Pendant ce temps, les enfants profitent de la piscine de l'hôtel, inconscients qu'ils sont à cet âge, des dangers qui les attendent… Ma femme et nos amis sont eux aussi parfaitement calmes et profitent de ces premières heures de vacances. Ca ne va pas durer !
A 11 heures, nous avons rendez-vous chez le loueur. les formalités sont vites expédiées, et nous prenons possession de notre fier navire. Mon dieu, mais c'est immense, s'écrient nos amis qui n'ont jamais navigué à bord d'un multicoque. Mon dieu mais qu'il est large, me dis-je en moi-même en maudissant l'idiot qui a eu l'idée de me proposer de skipper le bateau…
On s'occupe en rangeant l'avitaillement et toutes nos affaires en attendant que le responsable vienne nous expliquer comment tout fonctionne (j'espère qu'il a prévu beaucoup de temps - tout me paraît incroyablement compliqué et surtout énorme).
Finalement, c'est bien l'état des lieux qui aura été le plus long… Après quelques explications assez simples, je pense avoir tout compris. Le charmant jeune homme, qui voit bien que je ne suis pas franchement à l'aise, me rassure en me disant que tout ira bien, et qu'il va, bien entendu, m'aider à quitter le ponton, et qu'il sera là à notre retour. Je n'aurai qu'à appeler via la VHF, et il sera là à notre arrivée. Tout d'un coup un poids gigantesque s'envole de mes épaules. Je me sens instantanément heureux, libre comme l'air… En un mot : rassuré !
Il est maintenant l'heure de quitter le ponton. Le loueur est sur le ponton et me conseille activement dans la manœuvre. Et tout d'un coup, le miracle. Le cata se déhale gentiment et répond parfaitement à mes sollicitations. Il faut dire qu'il y a beaucoup de place et que la manœuvre est aisée. Et puis, je découvre qu'il est finalement vraiment plus facile de manœuvrer un cata qu'un mono au moteur. La marina défile sous nos yeux. Enfin pas sous les miens, car je suis arc-bouté sur la barre, regardant en même temps tous les compteurs, mais aussi devant et derrière, tout en ralentissant encore la vitesse du cata. Bref, je n'en mène pas large, mais tout va bien… jusqu'à la sortie de la marina. Là, tout devient confus : il y a des bouées rouges et vertes dans tous les coins. Et d'abord, c'est laquelle que l'on doit laisser sur quel côté. C'est l'inverse, mais je ne me souviens plus du bon sens… Une petite panique rapidement arrêtée. Tout d'un coup, je découvre devant l'étrave une couleur pas du tout rassurante : je me jette sur les gaz et marche arrière toute… Juste à temps ! Je reprends mes esprits et arrive enfin à me sortir du dédale des bouées.
L'objectif du jour est assez limité, puisque nous avons prévu d'aller mouiller à l'îlet Gosier, situé à tout juste trois milles de la marina de Pointe à Pître. Je préfère prendre la mesure du bateau tranquillement et décide de rester au moteur… Pas la peine de s'empêtrer avec les voiles avant un premier mouillage. Pour l'instant je donne des ordres assez précis et sans montrer quelques angoisses : "Charly, tu veux bien ranger les pare-battages. Dans le coffre, à l'avant." Les enfants sont pour l'instant bien sages dans le cockpit. Tout le monde profite du moment et je commence à me détendre… Jusqu'à ce que je voie arriver l'îlet Gosier. "On se prépare à mouiller !" La manœuvre a été répétée avec celui qui sera durant toutes ces vacances plus que le marin bon à tout faire. Charly a en effet enduré toutes mes angoisses, et toujours répondu à mes ordres parfois contradictoires et souvent confus… Qu'il en soit ici remercié…
En tout cas en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, notre premier mouillage est pris et bien pris. Une coordination parfaite entre l'homme de barre et l'homme du guindeau. Une manœuvre parfaite. On peut enfin se détendre en buvant un Ti-punch et en plongeant dans cette mer magnifique et attirante ! Pourtant la responsabilité pèse sur mes épaules, et je n'ose partir nager trop loin du bateau, et je vérifie toutes les trente secondes que le bateau ne chasse pas.

Une première mutinerie
Le lendemain, après le petit déjeuner, nous avons prévu de partir pour Marie Galante. On quitte le mouillage et on hisse les voiles. Tout va pour le mieux, jusqu'au moment où il faut mettre le cap sur notre destination. On est au près serré, et franchement face aux vagues. Pour ne pas faire durer trop longtemps le rodéo, je décide de mettre les moteurs afin d'aider ce brave cata à avancer. Au bout de dix minutes, je découvre avec stupeur, que toute ma famille a disparu. Ils se sont enfermés dans la cabine tribord arrière. L'autre famille ne vaut guère mieux, puisque Mariane est en train de vomir par dessus bord, tandis que leur fils essaye encore de se retenir… Seul Charly est égal à lui même : calme, en train de se rouler une cigarette et de profiter du rodéo qui a sacrément l'air de l'amuser. J'essaie tant bien que mal de passer les vagues sans heurt, mais ce n'est que peine perdue. Au bout d'une demie heure, je vois ma femme, qui est d'habitude charmante, sortir du carré avec des yeux d'un noir qui ne présage rien de bon. Sans un mot, elle récupère des gâteaux pour les enfants et replonge aussitôt dans sa cabine. Je suis en train de faire une grosse erreur ! Je coupe aussitôt les moteurs et vire de bord. Tout d'un coup tout se calme. Nous sommes au portant, poussés par les vagues… Un pur bonheur ! Je lance alors le rappel des troupes et explique la situation (il était temps…) : "soit nous continuons le rodéo, et on arrive dans à peu près 3 heures à Marie Galante, soit on reste sur cette allure confortable et on part pour les Saintes. Mais cela signifie que nous ne pourrons plus aller à Marie-Galante." Le vote est unanime : "si tu continues vers Marie-Galante, on saute à l'eau…"
La navigation vers les Saintes a été idyllique : 20 à 25 nœuds de vent, et des surfs franchement agréables… Pas peu fier de lui le Captain !
Seul problème, j'avais bien préparé ma navigation pour arriver à Marie-Galante, mais nous arrivions maintenant en vue des Saintes… Pilote automatique en marche, je me jette sur ma bible, le Patuelli. Donc pas de doute, il faut trouver "la Baleine" pour entrer tranquillement. Bon autant être honnête avec vous, à ce jour, je n'ai toujours pas trouvé la fameuse passe de la "Baleine". Pourtant nous avons fini par atteindre les Saintes et son mouillage extraordinaire. Là encore, la manœuvre de mouillage s'est parfaitement déroulée. A croire que nous sommes en train de devenir de vrais pros…
Le reste de notre semaine s'est parfaitement déroulé : le mal de mer chronique de Jackie nous a empêché de rejoindre la Dominique, et c'est en navette qu'elle a rejoint Pointe à Pître. Nous avons donc passé la semaine à passer de mouillages en mouillages dans l'archipel des Saintes. Un lieu magique et magnifique. Et puis cela m'a permis de bien prendre en main le bateau. Il faut dire que compte tenu des distances, les manœuvres ont été vraiment très fréquentes (il nous est arrivé de mouiller jusqu'à quatre fois en une journée).
Et puis il y a eu la navigation de retour vers Pointe à Pître. Un grand moment de fou rires, mais aussi de tranquillité et de bonheur à partager en famille sur l'eau. C'est après cette navigation, que je me suis dit que nous aussi, un jour, on pourrait peut être partir en famille…


Et si c'était à refaire ?
Il faut juste oser. Un catamaran de taille raisonnable se manœuvre aisément à deux. Il faut juste un peu de bon sens et éviter de paniquer (plus facile à dire qu'à faire). Nos vacances se sont parfaitement passées, et notre plus gros souci a été le mal de mer chronique de Jackie. Les enfants ont adoré, et le fait d'être entre nous nous a beaucoup plus soudé que lors de nos vacances avec skipper. Reste que nous avons sûrement manqué de très beaux endroits, qu'un skipper nous aurait fait découvrir… Mais pour les découvrir, nous retournerons sûrement en vacances l'année prochaine… en cata … et sans skipper !

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