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Rencontre - Alexander Simonis : Traducteur de rêves…

08/04/2015

Rencontre - Alexander Simonis : Traducteur de rêves…

Il dessine des catamarans depuis trente ans. Auteur de la série à succès des "Leopard", il est certainement parmi les trois architectes, ou cabinets d’architectes, les plus produits au monde en matière de multicoques. Discret mais affable, passionné et donc bavard, il est peu connu du grand public. Son nom ? Alexander Simonis. Rendez-vous est pris à Miami, un salon où le multicoque prend chaque année plus d’importance. Un déplacement devenu donc incontournable pour ce fan de la première heure. A table !

On a demandé un endroit au calme dans ce restaurant italien populaire des quais de Bayside Marina. Il a chaussé les lunettes, qu’il ne prend, coquet, que pour lire la carte. Malgré les cheveux blancs, il ne fait pas son âge. Visiblement, il prend soin de lui, ne boit que de l’eau et ne finit pas les délicieuses pâtes citron poulet qu’il a commandées. Avec beaucoup d’humour, Alexander parfois élèvera la voix, parfois même attendra la fin des solos de serveurs aux voix de stentor ! Mais rien ne peut l’empêcher de partager son immense passion pour les bateaux. Quand on lui demande de se présenter, Alexander va à l’essentiel : "yacht designer". De toute façon, "c’était ça ou la prison !" prévient-il dans un premier grand éclat de rire. Les multis, c’est sa vie. Il l’a choisie à l’instinct. Juste en étant bluffé par l’agilité et la vitesse sidérantes d’un Hobie Cat. Par la rencontre magique aussi, à dix-huit ans, de celui que beaucoup d’architectes navals semblent considérer comme LA référence en matière de multi : Nigel Irens. Les études ne seront là que pour confirmer la révélation d’une passion dévorante. Pas encore majeur, c’est lui qui pousse ses parents à changer de bateau pour croiser, régater, gagner. Ce qui l’a poussé avant tout vers les multis, c’est l’ivresse de la vitesse. Quand il s’intéresse aux monocoques, c’est pour les faire aller plus vite, leur installer deux safrans, comme sur un catamaran ! Il garde un souvenir ému du grand "Folie des Grinders" dessiné pour Pascal Herold. Mais c’est sans doute "Nicorette", double vainqueur de Sydney Hobbart, qui parlera le mieux aux passionnés de régate. Avec son sens de l’humour et de la formule, Alex affirme pourtant souriant que ce projet tardif avait tout pour se terminer en désastre !


Citoyen du monde, il partage son temps entre l’Afrique du Sud, dont il est originaire, les Pays-Bas, où officie son compère et associé Maarten Voogd, et les Etats-Unis, cœur du marché. Peu friand de la foule des salons nautiques, il préfère sa bulle de Cape Town. De sa maison bureau, il profite d’une vue imprenable sur la baie et sur Table Mountain. Il est autant attaché à la qualité de vie qu’à celle des bateaux. Il vit intensément chaque projet, avec le même degré d’excitation extrême à trouver les meilleurs ingrédients pour le programme défini par le commanditaire. C’est sans doute ce qui a séduit le chantier Robertson & Caine, qui lui fait confiance depuis 1995. Au final, le chantier sud-africain, repris entre-temps par Moorings, aura sorti plus de 1 500 catamarans nés de la collaboration des deux compères. Ils ont conçu 19 modèles ensemble, et Alex insiste sur le "ensemble". Il précise ainsi que le fameux cockpit avant est au départ leur idée, que lui a mise en forme. Ensemble, c’est aussi avec Maarten Voogd. Alexander insiste pour qu’il soit systématiquement nommé. Il est comme fasciné par leur complicité, qui perdure au-delà du temps et de la distance. Ils sont irrémédiablement sur la même longueur d’onde. Ensemble enfin, avec les intervenants extérieurs qui participent régulièrement à la dizaine de dessins produits chaque année. L’image qu’il a d’eux tous réunis, c’est celle d’une véritable équipe, regardant dans la même direction. On sent tout le respect qu’il a pour cette somme d’individualités venant d’horizons tous différents mais tellement cohérents dans leur démarche professionnelle. Comme un symbole de ce que peut produire de mieux la "nation arc-en-ciel".

L’Afrique du Sud, là où tout a commencé. Là où la mer est si dure. Pays depuis lequel il faut faire des milliers de milles avant de rejoindre les douces eaux des Caraïbes. Alors forcément, il faut concevoir des bateaux très costauds. L’Europe est loin, et les options choisies sont parfois radicalement différentes. Aujourd’hui, Alexander admet que les bateaux sont plus proches qu’il y a vingt ans. Que chacun a appris de ses erreurs, et que rendre la navigation facile prime sur bien d’autres aspects. L’objectif désormais universel ? Que chacun, quels que soient son profil, son expérience maritime, ou son intérêt pour la navigation, se sente bien à bord. La voile à portée de tous, c’est ce qui fait le succès de son commanditaire, qui a sorti l’an passé un catamaran chaque jour ouvré. Un navire pas forcément à voile. Le marché du cata moteur a de beaux jours devant lui, Alex en est persuadé. Une plate-forme qui n’est pas faite que pour naviguer mais plutôt pour vivre à bord.

Son catamaran personnel à lui ferait sans doute autour de 50 pieds, resterait compact et simple. Tout carbone quand même, parce que c’est un puriste. Un idéaliste, avoue-t-il presque gêné, alors que notre monde en manque tant. Justement, c’est quoi, son bateau idéal ? Le prochain. Celui qu’il n’a pas encore dessiné, mais qui, chaque jour, prend forme dans sa tête. Chaque nouveau projet est un nouveau challenge terriblement excitant. Ce dernier mot est celui qui revient le plus souvent dans sa bouche. Défricher de nouveaux territoires, explorer de nouvelles voies, voilà ce qui fait vibrer cet affamé d’idées novatrices. Le vitrage avant du roof est comme un écran de cinéma à travers lequel vous voyez défiler le paysage ? Une véritable révolution devenue, en quelques années, la norme. Trouver l’idée qui claque, tranche, marque une époque. En toute humilité, bien sûr. Car le créatif impénitent n’aime rien moins que retrouver le calme de son "home sweet home" sud-africain. Et s’il savoure la chance d’avoir fait de sa passion un métier, et de son métier sa vie, il aime à respirer hors bateau. Alors il court à vélo, plonge, voyage… puis revient dessiner derrière la grande baie vitrée, face à la baie, riche de toutes ses nouvelles expériences. Toujours en quête du dessin parfait. Se délectant de toujours tout remettre en cause, mimant avec enthousiasme le processus de création cyclique. Et les crayons devenus ordinateurs l’aident bien en cela, car ils permettent de tester infiniment plus de possibilités.


Justement, que pense-t-il du passage à deux coques de l’America’s Cup ? Là, on a touché juste. Une vague d’enthousiasme l’envahit. Le débit s’accélère, les mains s’envolent pour simuler le complexe équilibre de ces vaisseaux hybrides, mi-oiseau, mi-bateau. Les yeux pétillent et les conjectures fusent sur ce qui a bien pu se passer pour que les Américains renversent si brutalement le cours du match. La principale hypothèse évoquée restera confidentielle. Mais on sent qu’elle chagrine quelque peu Alexander. Lui qui ne conçoit la régate qu’entre bateaux identiques, là où seule la qualité du skipper, de l’équipage peut faire la différence. Surprenant pour un architecte, non ? Alors quoi ? Qu’est-ce qui continue à faire rêver cet enthousiaste compulsif ? La Chine, en fait. On le sent fasciné, curieux. Un nouvel eldorado ? Terre de tous les possibles en tout cas, avec des marinas et des yacht-clubs qu’il va falloir remplir de bateaux à marche forcée, volonté gouvernementale oblige. Près de trois heures se sont écoulées. Nous n’avons pas vu le temps passer. Nous aurions bien encore mille questions à poser, mais voilà ce qui arrive avec les passionnés : ils vous entraînent dans leur vie, leurs rêves et c’est… passionnant !


Le lendemain, alors que nous accédons au fameux cockpit avant du Leopard 48 pour une séance photo, deux visiteurs du salon de Miami s’y trouvent assis et semblent particulièrement apprécier l’endroit. Alors que l’un se lève promptement, le second prend le temps de nous vanter les mérites de cette astuce architecturale, qui permet de profiter de ce lieu de vie particulièrement bien situé, sans avoir à monter sur le pont, ni faire tout le tout du roof. Visiblement, il n’a pas reconnu, en Alexander Simonis, l’architecte du bateau en question. Ce dernier, presque gêné, se contente pour toute réponse d’un : "Oui, c’est bien…" Il est comme ça, Alexander. Un architecte prolixe, créatif et ingénieux, mais surtout une personnalité humble et affable, dont le visage affiche en permanence un immense sourire. Forcément, parce qu’il voulait vous dire, plein de malice, qu’en fait il n’est pas architecte naval. Mais "traducteur de rêve" ("translator of dreams")… Quel beau métier !


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