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J'ai navigué sur Banque Populaire V : Le plus grand de tous

07/05/2009

J'ai navigué sur Banque Populaire V : Le plus grand de tous

Dans la famille des plus grands trimarans de course du moment, il y eût William Saurin (c’est si vieux…), puis Poulain, devenu Sport Elec, rebaptisé Idec 1. Ensuite, Geronimo est arrivé, avec ses 32 mètres, puis plus tard Groupama 3. Mais ces deux là semblent bien petits au vu des 40 mètres de long et les 47 m de haut de Banque Populaire V. Bienvenue à bord !

Il nous attend au port de Kéroman à Lorient. Les manœuvres de port, requièrent la plus grande prudence et aussi beaucoup d’organisation. Un équipier sur chaque bord indique au barreur (en l’occurrence Pascal Bidegorry) la distance restante de chaque côté des flotteurs. Nous sommes aidés par pas moins de quatre gros semi rigides, avec chacun un minimum de 100 CV, pilotés par VHF ; ils récupèrent ensuite les immenses défenses rectangulaires. Déjà, quatre hommes dans le cockpit actionnent les colonnes de winchs, elles commandent notamment l’hydraulique qui va ramener le mât en position verticale. Pour les manœuvres de quai, il est incliné côté quai pour maintenir le flotteur sur l’eau. En mer, il est réglé de façon à maintenir le plan de voilure dans un axe vertical par rapport à la mer. On note le dièdre (angle formé par les bras en rapport à l’eau) modéré.
Vingt minutes sont nécessaires pour hisser la grand-voile, un maximum de huit équipiers s’y active : "au début c’est dur, après tu en chies, et à la fin c’est encore plus dur" ; ainsi peut se résumer cet amusement qui consiste à hisser près d’une demi tonne de toile (son poids "sec"), fût-elle en Cuben Fiber (donc en théorie moins gorgée en humidité), à 47 mètres au-dessus des flots. Le ton est donné : ici, les efforts physiques sont longs et violents. Tout y est démesuré, et la moindre manœuvre demande une grosse dépense d’énergie ; le cockpit est le royaume des gros bras, et il en faut, pour maîtriser la bête. Et des costauds. Que ce soit en petite ou en grande vitesse, il faut mouliner, ne pas mollir. A ce moment je pense à Ellen Mac Arthur, petit gabarit féminin qui a mené seule sont grand trimaran (même bien plus petit…) autour du monde. Sous la casquette s’entassent des barres de céréale, des pommes, des bananes et des bouteilles d’eau.

C’est parti : sous solent et grand-voile haute, au travers (reaching) par 10 nœuds de vent, on est déjà à 18 nœuds. Pascal est à la barre et il réunit son équipage, débriefe la sortie de la veille et présente celle du  jour. Arrive une risée et Banque Pop accélère à 28 nœuds. A 20 nœuds de vent, on est à 32 nœuds. La brise n’est pas régulière, les équipiers sont au taquet, quatre hommes sur les moulins à café, prêts à affiner les réglages, choquer là où il faut, reprendre ailleurs. Le long de la poutre du rail d’écoute, des repères chiffrés permettent de retrouver les réglages.
Des équipiers se tiennent en permanence aux trois postes stratégiques, le bout à la main : un à l’écoute de grand-voile, un autre au chariot (traveller), un autre enfin à l’écoute de voile d’avant, que ce soit le solent, ou plus tard gennaker, ou trinquette. Même si des conditions intermédiaires (dans moins de 12 nœuds de vent) permettent de frapper le bout sur le self tailing. La dérive est descendue à moitié. Ca monte, sous le vent, l’île de Groix défile à toute vitesse. Sur le flotteur au vent, Ronan Lucas, qui a supervisé la construction du bateau, surveille l’arrivée des risée : "pression", indique-t-il à l’équipier chargé du chariot, qui le choque alors d’une unité ; la rafale passe, aussitôt, les embraqueurs s’activent, et le chariot remonte. Les réglages sont ainsi constamment peaufinés.

Gennaker, prise de ris et empannage
Le vent souffle à 13 nœuds et on déboule à 27 nœuds, à 100° du vent réel, Pascal demande alors à Kevin (Escoffier, le fils de Franck-Yves, skipper de Crêpe Whaou !) de préparer le gennaker. Le foil sous le vent est abaissé. Hisser le gennaker demande de l’énergie, mais après la grand-voile, l’opération s’apparente à une formalité. Rapidement, l’émerillon rejoint le capelage. Plus d’un serait surpris par la sérénité qui règne à bord. Cela permet d’être à l’écoute du bateau, et de rester très réactif au moment où il faudra intervenir. Equipier à bord d’un bateau de course, c’est un métier, finalement assez éloigné de l’activité du plaisancier. Chacun est tout à la fois détendu et pourtant très concentré, on évite les mots inutiles, même les articles des phrases disparaissent quand il faut donner un ordre : PYM, tu es chariot ? On enroule trinquette. Etc.
Le barreur abat en grand, ça va très vite (30 nœuds ++), les huit winchers "en mettent un bon coup" et déroulent le gennaker. Il faut faire très vite. Le bateau est alors amené au vent arrière, à la limite de la fausse panne, pour annuler la pression sur la voile, à 15 nœuds, on a l’impression de s’arrêter, mais ça permet de border sans devoir développer trop d’énergie. Ca y est, l’écoute (chacune d’elles revient sur l’un des immenses winches 1135 signés Harken, au vent) est bordée, on lofe : c’est reparti. Le vent souffle toujours à 20 nœuds, la mer commence à bien moutonner, d’autant plus que nous nous enfonçons un peu plus dans le Golfe de Gascogne, en s’éloignant de la Bretagne ; la mer devient celle du vent. Banque Populaire V navigue désormais à 140° du vent réel, à 30 nœuds environ. Pourtant, il n’est qu’à 50° du vent apparent. Même au portant, il reçoit du vent de face ! Ahurissant ! On le vérifiera tout à l’heure, au moment de prendre un ris. D’où l’intérêt de cette grande casquette qui protégera l’équipage quoiqu’il arrive. Moins soumis aux intempéries, un homme reposé est toujours plus efficace. Et les risques d’accident sont diminués d’autant plus.
Pascal est à la barre, donne l’ordre : on va empanner, sous gennaker. On va "jiber" comme on dit dans le jargon, emprunté au vocabulaire anglo saxon. Kevin commande ensuite à l’équipage, chaque équipier rejoint son poste, et se met à l’ouvrage : qui des moulins à café, d’autres aux écoutes, aux contre écoutes. On est surpris de voir cet immense mât aile, avec sa corde maxi de 1,20 m, tenir avec seulement un hauban et un galhauban. Il est complètement basculé au vent ; la dérive est remontée. On reprend de la bastaque. C’est parti : bon, on sent bien un peu de tension, dans l’équipage, tout comme dans les bouts : au moment où une drosse ou une écoute est choquée, bien plus tendue qu’une corde de raquette de tennis, le bateau si raide répond par une vibrante plainte virile et sinistre, celle du Dyneema sur la poupée de carbone du winch. L’empannage se fait tout en douceur, la grand-voile change d’amure, l’immense gennaker passe devant l’étai de solent et change lui aussi d’amure.
L’exercice suivant va consister à prendre un ris (l’équipage est à l’entraînement !). La bastaque est choquée, un peu de chariot aussi, puis l’écoute de grand-voile. On a oublié qu’on naviguait au portant, pourtant, la grand-voile est déventée, comme si on naviguait au près sur un bateau de croisière. On passe alors de 32 nœuds à… 27 nœuds. On se traîne, messieurs ! La grand-voile descend, le premier ris est crocheté, la bosse reprise, la drisse étarquée. Reste à reprendre le chariot, l’écoute, la bastaque, et ça bombarde de nouveau à plus de 30 nœuds.
En mer, Pascal reste concentré, à l’écoute de son bateau ; il va vers l’étrave, surveille le mât, évalue la fatigue du matériel, imagine des améliorations, à aucun moment son attention et sa concentration ne s’éloignent de son objectif : fiabiliser, et optimiser ce bateau. Il va devoir conduire treize hommes autour du monde, et le plus rapidement possible. Nous n’échangerons pas un mot de la journée, pas avant la tombée de la nuit, alors que la grand-voile s’apprête à rejoindre la bôme.

Retour au près
Nous avons parcouru une bonne cinquantaine de milles et BP V se trouve maintenant au beau milieu du Golfe de Gascogne. Il est temps de repartir vers Lorient, au près. Une grande abattée et la pression sur le gennaker disparaît, rapidement il s’enroule. Pour qui connaissait Géronimo qui lui, possédait une soute à voile (et dans laquelle il était bien difficile de faire passer les gennakers enroulés), ils sont rangés ici dans un sac à voile circulaire et restent sur le trampoline. Avantage de la formule, les voiles s’abîment moins ; cela permet également de les matosser. Sous grand-voile à un ris et trinquette, le plan VPLP ne descend jamais au dessous de 20 nœuds, parfois 22. Comme un 60 pieds, la coque centrale déjauge, ne touche plus l’eau. Le contact avec l’élément liquide se limite au flotteur sous le vent, et surtout son foil et son safran. Sous cette allure, les mouvements de la plate-forme sont vraiment impressionnants, je remarque au moins un mètre de débattement de l’extrémité d’une étrave à l’arrière de l’autre. Mais le plus surprenant, c’est que, à quelque chose près, par apport à tout à l’heure au portant, nous naviguons au même angle par rapport au vent apparent, entre 45° et 50° de celui-ci. A l’abri de la casquette, à l’abri du vent, on est bien. Ailleurs, c’est un peu la guerre, dans le sens où le vent apparent est toujours fort. Mais dans les conditions du jour, et sauf  loin sur le flotteur sous le vent, le bateau reste sec.
Finalement, on s’habitue à naviguer vite, et d’ailleurs, il s’y maintient avec une régularité surprenante, malgré quelques petites variations de vent, une petite relance et hop ! Ca repart. Mais la vitesse a un prix, et c’est un peu l’usine à gaz, ça en fait des manœuvres, entre le mât rotatif et basculant, la dérive et son trimmer, les foils, la bastaque... Pour aller plus vite que Orange 2 autour du monde, Banque Populaire V devra maintenir une vitesse moyenne élevée. Il lui faut pour cela rencontrer un vent coopératif ; et bien orienté. Car bien souvent avec ces bateaux il faut en faire de la route pour aller chercher les vents et les angles qui lui donneront le meilleur VMG.
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