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Le futur bolide Multi50 de Lalou Roucayrol

18/08/2012

Le futur bolide Multi50 de Lalou Roucayrol

Second de François Forestier sur "Lejaby Rasurel", Lalou Roucayrol se fait connaître en reprenant l’étonnant prao de Guy Delage (Funambule – Lestra Sport Francopholies) et en finissant 4e de La Baule-Dakar 91. Il accompagne ensuite Yves Parlier, Francis Joyon, Alain Gauthier sur la plupart des grandes épreuves avant d’accéder aux commandes du 60’ Orma "Banque Populaire".

Il y aura ensuite la Route de l’Or sur "Aquitaine Innovation", le terrible Rhum 2002 (qu’il est seul à boucler sans escale en 60’ Orma) et l’aventure de l’hydraplaneur "Mediatis", à bord duquel il pulvérise le record des 24h (597,8 milles), puis celui du mille lancé avec des pointes à 42 nœuds !

Rhum 2010 : podium en novembre, chavirage en décembre
Lalou, à bord de "Région Aquitaine Port Médoc", termine second derrière Lionel Lemonchois lors de cette édition météorologiquement complexe. Le convoyage retour est déclenché dans la foulée, en décembre, sur un océan Atlantique toujours agité par un temps à grains. Une violente bourrasque à plus de 50 nœuds surprend l’équipage qui naviguait sous grand-voile entière à bonne vitesse. Le trimaran est catapulté cul par-dessus tête. Tout le monde est sauf, mais le multicoque est perdu, flotteur écrasé par le cargo sauveteur.

Un nouveau bateau radical !
Toujours soutenu par la région, qui voit en lui un formidable agitateur de talents et un marin catalyseur de transferts de compétences entre la filière nautique et les entreprises régionales du secteur de l’avionique, Lalou travaille actuellement à la réalisation d’un multi 50’ dernière génération. Au poids minimum de la jauge (3 t), l’engin devrait faire parler la poudre ! Lalou Roucayrol a rassemblé dans son chantier fétiche de Grayan-et-l’Hôpital (Strato Compo), à quelques kilomètres de sa base de Port Médoc, une dream team dont les principaux acteurs sont Romaric Neyhousser (architecte et ancien équipier de "Banque Pop"), Guillaume Verdier, Benjamin Muil (tous les 3 au design), avec Thierry Eluère à la baguette pour la fabrication. Les maîtres mots du projet, au-delà de l’ambition sportive affirmée, sont : esprit collaboratif, volonté de transmission et de formation, transversalité et partage de compétences. Les premiers mois d’hiver ont surtout été utilisés pour adapter l’outil chantier aux nouvelles exigences de ce type de construction et organiser un procédé de construction clé en main pour d’éventuels sister-ships.


MMAG : Où en est la construction ?
Lalou : Le travail sur l’outillage nous a pris beaucoup de temps ; aujourd’hui, 40 % des pièces du bateau sont achevées, nous démoulons les bordés de coque centrale, mais nous ne voulions pas bloquer trop tôt les lignes d’eau des flotteurs qui sont inédites (leur forme générera de la portance).

MMAG : Quelle sera la date de mise à l’eau ?
Lalou : Pendant la 2e quinzaine de novembre ; nous envisageons un grutage classique, mais également un hélitreuillage si la marine autorise un Puma du porte-hélicoptère Aquitaine (qui sera dans nos eaux à cette époque) à intervenir.

MMAG : Peux-tu révéler quelques petits secrets de conception et de fabrication ?
Lalou : L’extraordinaire maîtrise de Thierry Eluère (PRB, Safran, Mediatis…) dans le domaine des composites constitue une valeur ajoutée sur laquelle nous nous appuyons… En plus d’une qualité de fabrication que nous voulons exemplaire, nous profitons de partenariats de développements innovants. Juste 2 exemples : nos cloisons sont collées époxy mais corniérées au moyen de joints congés stratés en méthacrylate de la société AEC Polymères. Ils offrent des qualités mécaniques et une souplesse/hygiène d’emploi qui nous intéressent (produit disponible en cartouche). Nous profitons également d’un système peinture qui permettra de tracer les efforts et les déformations de la structure en temps réel par code couleur !

MMag :
Quel sera l’agenda pour fin 2012 et 2013 ?
Lalou : Après les premiers essais dans notre jardin de Gironde, nous allons installer la base d’entraînement aux Canaries et aimerions effectuer ce parcours en flotte avec un ou deux Multi50’, "Axa atout cœur" semble déjà intéressé. Ensuite, nous participerons à toutes les épreuves du printemps (Tour de Belle-Île, Armen Race, Trophée SNSM) et à celles du circuit Multi50’, pour finir par la Transat Jacques Vabre en double avec Quentin Vlamynck.

MMAG : Tes aventures sont toujours chargées de sens, comment définis-tu ton nouveau rôle d’armateur ?
Lalou : Je me sens héritier de cette tradition de la fin du 19e siècle/début 20e où des armements comme Bordes mettaient à l’eau de véritables bateaux de course comme le 5 mâts "France II" de 138 m. Pour remplir leur part de contrat, ces navires parcouraient souvent 300-350 milles/jour. J’aime le lien avec ce que nous faisons aujourd’hui. Nous construisons la machine, la mettons au point, choisissons et formons les hommes en nous engageant, en assumant notre part de risque. Je trouve ce mode de relation avec les partenaires plus sain… et puis nous restons maîtres de notre destin.

MMAG : Tu vas partir pour le convoyage d’"Axa atout cœur" afin d’amener le tri multi 50’ d’Erik Nigon au départ de Québec-St-Malo, quel sens cela a-t-il dans le projet ?
Lalou : Parallèlement au développement d’un multi 50’ très performant et à l’animation du programme sportif, coexiste un volet de transfert de connaissances techniques qui nous conduira, nous l’espérons, à la concrétisation d’un véritable pôle de course au large. L’objectif d’engager 2 bateaux dans le Rhum 2014 est réalisable. Cette transat en mode préparation course-convoyage s’effectue avec Maiëul Riffet et Fred Palacio qui sont avec moi depuis longtemps, elle vise à préparer le jeune Quentin Vlamynck (20 ans, que nous avons sélectionné cet hiver) à la Route du Café que nous courrons ensemble.

MMAG : Bravo pour ce beau projet ! Pour terminer, une petite question d’actualité sur la Multi 50’, les MOD 70 et l’America’s Cup en multi ?
Lalou : Je crois à l’avenir de la Multi50’, la classe est aujourd’hui mature, capable de réunir un plateau de 8 à 13 bateaux à chaque évènement. Les investissements restent raisonnables et la sportivité de la jauge n’interdit pas la créativité. Il n’y a aucune raison pour que les futures grandes épreuves n’intègrent pas les Mod 70 avec les Multis50’, cela optimisera des retombées médias profitables aux uns comme aux autres. J’ai un peu suivi les régates préliminaires de l’America’s Cup en AC 45’, j’adorerais essayer ! Ces plans de voilures sont fantastiques ; même si les coques restent encore assez traditionnelles, ces machines extraordinaires sont parfaitement adaptées à leur programme et capables de faire vibrer des spectateurs. Mes architectes travaillent avec les Néo-Zed sur certains compartiments (top secrets, bien sûr) d’un AC 72’ !

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