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Darren Newton, le gourou de Millbrook

23/01/2013

Darren Newton, le gourou de Millbrook

Son nom ne dit sans doute pas grand-chose à nombre d'entre vous chers lecteurs. Sans doute parce qu'il ne circule qu'entre initiés. Comme celui d'un guérisseur aux talents un peu surnaturels...

A la rédaction, il ne manque pas d'adeptes, et ce, au plus haut niveau. C'est d'ailleurs le rédacteur en chef en personne qui m'a glissé son nom. Discrètement. A l'oreille. Comme on refile un tuyau infaillible dans la cinquième à Vincennes. "Pour ton prochain portrait, tu devrais aller voir Darren Newton." - "Qui ?" me suis-je entendu répondre naïvement, renouvelant par là même, et pour de nombreux mois encore, mon bail de "petit dernier de la bande" pas encore initié à tous les rites de la secte Multi !

Est-ce son bureau qui est petit ? Non, c'est lui qui est grand, constate-t-on immédiatement lorsqu'il déploie son bon mètre quatre-vingt-dix et sa carrure de troisième ligne de rugby. Avec son visage juvénile et ses airs adolescents, il pourrait encore jouer sans choquer dans une équipe universitaire s'il n'avouait pas sans fard la quarantaine hors taxes (TVA 9,8 % !). L'accueil est chaleureux, la voix est basse, rassurante et calme. On s'imagine aisément refaire nos dernières navigations avec lui, accoudé au comptoir du "Devon & Cornwall Inn", LE pub de Milbrook, autour de quelques pintes.

Darren est un artiste, un vrai. De ceux qui ne connaissent pas le mot compromis et ne s'accomplissent que dans la perfection. Un pur produit de l'école britannique. Rien d'académique dans cette image. Il assume dans un sourire avoir plus navigué que fréquenté le lycée ! Non, plutôt une rigueur, une simplicité tout anglo-saxonne, un engagement déterminé dans ce que l'on entreprend. Darren est un peu au multicoque ce qu'est Bruce McLaren à l'automobile. Un artisan exigeant, visant l'excellence à chaque réalisation. Pas question avec lui de tergiverser. Sur un salon, pour peu que vous insistiez pour obtenir un équipement qu'il ne juge pas indispensable ou que vous mégotiez sur le budget à ses yeux nécessaire pour accomplir son œuvre, il vous prend par la main pour vous amener sur le stand voisin moins... regardant ! Il avoue pourtant que le plus difficile dans ce métier, c'est de savoir dire "non". Alors il préfère poser la question directement : "Pourquoi détruire votre bateau ? Avec un chauffage, une machine à laver ou un groupe électrogène..." Parce qu'en multicoque plus qu'ailleurs le poids fait tout. Et puis, les proportions aussi, insiste-t-il en écartant les mains comme pour allonger d'un coup de magie tous les multis du monde.

Mais Darren, c'est d'abord un parcours atypique comme on n'en fait plus. S'il avait été saxophoniste de jazz, il aurait sans doute regretté de ne pas vivre dans les années 30 du côté de la Nouvelle-Orléans. Mais Darren est avant tout un navigateur et il a la chance de vivre les années 80 dans le Sud de l'Angleterre, et l'histoire du multicoque britannique s'y écrit devant ses yeux. Alors, après avoir attrapé le virus sur un Hobie 16 au Portugal, il construit son premier bateau à 14 ans dans le cadre d'un atelier scolaire. Trois ans plus tard, "Dazz" (Darren) croise vers la Norvège. Son père lui présente Kent Stevens ou encore Ian Fraser. Mais c'est sans aucun doute un double coup de foudre qui décidera de son avenir. Deux magnifiques trimarans dont il tombe littéralement amoureux : Paragon (Adrian Thompson) et Apricot (Nigel Irens). En 1986, il a l'opportunité de faire une virée sur ce dernier. L'équipage ne réussira plus jamais à se débarrasser de lui ! Ses contemporains Rob Feloy ou Nigel Irens lui inspirent à la fois admiration et désir créatif. Il passera des heures avec le premier nommé à échanger sur les designs en vogue à l'époque. Sur la philosophie qui a guidé les différents choix. Ce sera le deuxième métier de Darren : architecte naval. Il collectionnera bientôt une troisième casquette, celle de constructeur. Il y a peu d'équivalents dans le monde du nautisme à encore cumuler ces trois cordes à leur arc, et cela ne manque pas rendre sa démarche et sa ténacité vraiment admirables.

Après une première maquette, il se lance dans la construction d'un Formule 28 pour participer au championnat du même nom. Son premier sponsor est une véritable institution outre-Manche, au succès planétaire : Clarkes Shoes. Le budget est étriqué, alors on vit un peu de bric et de broc, mais on rêve surtout éveillé quand, par exemple, au détour d'une épreuve, on croise le 60 pieds Groupe Pierre 1er à la décoration immortalisée par la victoire de Florence Arthaud dans la Route du Rhum 1990. Est-ce de ces rencontres que naîtra son premier dessin ? Un bateau tout en courbes et déliés, très "cosmic", selon ses propres termes. Entre-temps, il aura construit un nouveau bateau pour Bob Beggs qui revient de deux transats en Tiki, le mythique plan Wharram, et, mieux, accompagné son héros, Andrew Roberts, sur une transat en 60' : le Graal !

Après avoir créé Dazzcat en 1988, il loue en 1992 son premier chantier pour 50 livres sterling la semaine. Et pourquoi s'installer ailleurs qu'à Milbrook, là où son "père spirituel", Pat Patterson, a créé en 1968 Multihull Center ? Il en sortira d'abord Lady Bounty, la plus belle de ses réalisations, selon lui. Je ne crois pas qu'il changerait aujourd'hui un trait de ce catamaran de 14 mètres, construit pour celui qu'il considère comme l'homme le plus intelligent du monde, le Dr Thomas Bligh (président du département Ingénierie de l'Université de Cambridge). Léger, et rapide, il pousse l'élégance jusqu'à convoquer une météo radieuse pour son lancement. Il admet qu'il est particulièrement difficile de concilier multicoque et esthétique. Raison de plus pour ne construire que sur ses propres plans. Suivra Impossible Dream en 2002. Un catamaran de 18 mètres forcément sans compromis sur la vitesse, mais étudié pour pouvoir être mené autour du monde, par un solitaire en fauteuil roulant. Son seul regret reste d'avoir arrêté trop tôt ses études. Il lui manque des bases théoriques, qu'il compense par une intuition géniale et en s'entourant de techniciens de haut vol, tel Roger Scammell.

Multimarine, chantier plus éclectique, est créé pour tenter d'effacer les effets de pics et de creux. Simon Baker puis divers partenaires rejoindront alors l'aventure. Une équipe soudée, aujourd'hui formée d'une trentaine de personnes toutes plus talentueuses les unes que les autres. Et s'il est bien fier d'une chose, c'est d'avoir su les rassembler, les faire travailler ensemble. Les individualités s'y effacent derrière le "nous" collectif. Ils ont produit près de 30 multicoques, soit entre un et deux par an, pas plus. Toujours au top du marché, de la performance. Un mot selon lui galvaudé par les publicitaires qui l'utilisent à tout bout de champ : "Mais performant par rapport à quoi ?" feint-il de s'emporter dans son seul soupçon d'agacement face aux lois du marché. Lui veut être fier de ce qu'il produit. Dans une relation symbiotique entre navigation, construction et conception. Où les propriétaires deviennent des amis, puis rejoignent une véritable famille. Des propriétaires souvent expérimentés mais toujours ouverts. Les royalties des commandes financent les projets plus personnels.

Il n'échangerait pour rien au monde sa vie au bord de l'océan, à Millbrook. Ce nid de talents artistiques, source de tant d'inspirations et où il peut s'adonner à ses autres passions, le surf, la marche et les balades à moto (amateur de KTM, il a dessiné et produit sa propre machine), qui le sortent du microcosme du nautisme. Il aime la gentillesse et la simplicité des gens. Comme Marc Van Peteghem, il prédit un retour aux sources et, dans l'attente, s'efforce de simplifier au maximum ses dessins. Il se reconnaît tout à fait dans le travail et la philosophie d'un James Warrham : "Pourquoi se compliquer la vie ?"

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