Multicoques Magazine, l'essentiel du catamaran et du trimaran
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Les bonnes recettes pour naviguer en solitaire

Les bonnes recettes pour naviguer en solitaire

Naviguer seul sur un multicoque impose un rythme différent, une grande anticipation et un respect absolu des règles de sécurité. Ne croyez pas que ce sujet concerne seulement les vrais solitaires. La croisière en famille avec des jeunes enfants impose finalement les mêmes contraintes. 

Préparation de votre bateau : le matériel utile

Les meilleurs alliés du solitaire ? Un bon pilote et deux bons moteurs. Le premier permet de vous concentrer sur les réglages, de bien surveiller les bateaux sous le vent et de suivre la route. Intégrés, les pilotes modernes sont d'un grand confort d'utilisation. Une simple pression et le bateau modifie sa route de 1 ou 10°. Possibilité de disposer d'une télécommande, bien utile pour préparer sereinement un affalage de spi ou pour fixer les pare-battages dans un chenal étroit. Les pilotes les plus sophistiqués sont couplés au GPS et à la girouette électronique (possibilité de naviguer en mode vent). Deux moteurs puissants sont bien utiles pour raccourcir une navigation sans vent... ou contre le vent. En cas de gros coup de pompe, disposer de deux bons diesels capables de vous emmener à 8 nœuds vers l'abri le plus proche vous change la vie ! Le régulateur d'allures, prisé par les solitaires en monocoque, n'est pas retenu sur les multicoques dont les superstructures coupent le vent indispensable à l'aérien. Pour le gréement, on opte pour l'enrouleur de génois, le lazy bag, les lazy jacks, le gennaker sur emmagasineur et la chaussette pour le spi asy. Instruments : un traceur de cartes extérieur est l'aide à la navigation idéale pour un solitaire. Ce qui ne doit pas vous dispenser d'un jeu de cartes et d'un GPS de secours. Lors des opérations de mouillage, disposer d'un puissant guideau (et si possible d'une télécommande) est bien utile. Du côté de l'électronique, on plébiscite la cartographie visible depuis le poste de barre, les répétiteurs extérieurs et le radar, excellent outil pour prévenir les collisions. Pour tenir la veille, le bon vieux réveil de cuisine fait parfaitement l'affaire.

Naviguer seul est plus gratifiant que difficile. C'est aussi le meilleur moyen de bien connaître son voilier. Il n'est pas question ici de décrire les recettes des grands coureurs océaniques contraints de veiller d'un œil à 30 nœuds sur une coque, tiré par un gennaker de 300 m2... Ce qui nous intéresse, c'est la navigation en croisière, près des côtes ou au large. Naviguer en solitaire peut être un choix, un défi à relever, mais aussi une obligation. Convoyage sans équipiers disponibles, ou bien plus fréquemment croisière en famille. En mer, avec des enfants en bas âge et une maman qui veille sur eux ou une bande d'amis qui ne connaît rien à la voile, vous êtes seul à gérer votre multicoque... Une lapalissade pour commencer. Ne vous surestimez pas. Si votre expérience de la voile se limite à quelques stages et trois semaines de location, vous n'êtes pas prêt. Naviguer seul n'est pas pour autant réservé aux vieux baroudeurs qui ont viré les trois caps. Juste une question de maîtrise du bateau et de soi.

Sortie d'entraînement
Rien de mieux que de vous tester in situ. Avec un équipage inactif, ou vraiment en solitaire. Ne cherchez pas la difficulté. Le but est juste de faire une sortie de quelques heures par temps maniable à bord de votre multi, en bon état évidemment, pour faire le point sur votre aptitude, les difficultés rencontrées et le plaisir ressenti. Certains marins apprécient de naviguer seuls. D'autres s'ennuient, faute de partager leurs émotions. Encore une fois, soyez humble. On ne triche pas avec la mer... encore moins quand on est seul dessus ! Celui qui compte effectuer une vraie traversée océanique de deux ou trois semaines s'exercera sur un parcours de trois ou quatre jours. Se souvenir qu'un petit catamaran de 28 pieds est évidemment bien plus facile à gérer en solitaire qu'un Lagoon 500. Mais le plus gros des deux est aussi le plus sûr.

Préparez votre navigation
Ne partez pas la fleur au fusil ! Une navigation en solitaire se prépare tranquillement, chez vous ou au port. Etudiez donc la route sur la carte ou sur le traceur. Lisez attentivement le guide nautique de la zone (Pilote Côtier, Imray, Bloc Marine...) pour vous familiariser avec les dangers qui émaillent le parcours choisi - facile, évidemment. Entrée et sortie de port, autre abris possibles, brisants, épaves, zones de tir : vous devez intégrer toutes ces données avant de partir. Pourquoi une telle anticipation ? Pour ne pas avoir, en cas d'urgence, à replonger dans les cartes et les bouquins. Vous devez trouver immédiatement la bonne solution grâce à vos connaissances de la zone. Préparer tous les way points de la route sur le GPS ou le traceur du bord est loin d'être inutile. Une reconnaissance du lieu
d'arrivée en voiture non plus.

Météo : choisissez le bon créneau
Pour naviguer sereinement en solitaire, faites en sorte de choisir une belle fenêtre météo. Naviguer quelques heures avant un coup de vent annoncé est à éviter absolument. Ce qu'il vous faut, c'est du beau temps bien établi, une mer belle à peu agitée et un vent maniable. Au fil de vos expériences, vous pourrez vous permettre d'affronter des conditions un peu plus musclées. En solo, longer les côtes du Languedoc par une forte tramontane peut être très excitant à bord d'un multi rapide et bien préparé. Mais il n'y a pas de droit à l'erreur.

Manœuvres de port
C'est au port que le solitaire est le plus embarrassé. Difficile tout seul de courir aux quatre coins de son bateau pour parer les mauvais coups, surtout avec un poste de barre surélevé ! Règle de base : demander de l'aide à vos voisins de pontons ou à la capitainerie. Nulle honte à cela. Avant de quitter votre place, analysez calmement le vent, le courant éventuel, et vérifiez qu'aucun bout ou chaîne ne guette le passage de vos hélices. Si le vent vous plaque sur un quai, la technique du départ sur garde est très efficace pour faire pivoter tranquillement le bateau. Pour tourner sur place, laisser les safrans dans l'axe et inversez les manettes de gaz, sans précipitation. Lors de votre arrivée, prenez un luxe de précautions. Pas de manœuvres « à l'arrache » à grands coups de gaz. Restez calme, même en cas de gros ratage. Tous vos pare-battages seront de sortie, sauf un gros que vous garderez à portée de main. Un pare-choc volant qui vaut mieux que quelques doigts écrasés. Evitez de vous engager entre deux traques toutes proches. Faites plutôt en sorte de vous présenter avant la fermeture de la capitainerie. Cela vous permettra d'être guidé et épaulé, peut-être aussi d'éviter un changement d'emplacement à la fraîche...

Manœuvres sous voile
Votre multi est sorti du port. Sous pilote, en moteur en marche avant lente, c'est le moment de hisser la grand-voile. Encore une fois, AN-TI-CI-PEZ ! Vérifiez que vous avez de l'eau à courir et optez plutôt pour un vaste avant-port abrité plutôt que de vous faire secouer dehors. L'utilisation du guideau est une excellente formule, mais gare à la puissance du cabestan, capable de tout arracher, têtière,
réas et coulisseaux compris.... Garder la main sur la commande et ne quittez pas des yeux la ralingue de la voile. A l'avant, la plupart des voiles sont montées sur enrouleur, ce qui simplifie considérablement les manœuvres. Une trinquette sur étai largable permet d'optimiser les performances, particulièrement au louvoyage par temps fort. Mais nous ne sommes pas en course. Seul ou avec votre famille, vous pouvez vous contenter de votre génois sur enrouleur. Virement de bord : avantage aux voiles d'avant à faible recouvrement ou mieux encore au solent autovireur. Les grands génois sont plus pénibles à border plat et masquent la visibilité sous le vent. Empannage : gare au passage de la bôme ! Pensez d'abord à recentrer le chariot et le bloquer, rebordez l'écoute avant de faire passer la voile sur l'autre bord, puis choquez rapidement. Plus le bateau va vite, plus c'est facile car le vent apparent est plus faible. Réduire la toile. Ne vous laissez pas surprendre. La nuit tombe, l'orage gronde ou les prévisions ne sont pas folichonnes ? Prenez un ris et soyez prêt à rouler le génois. Un bon truc si le tambour est bloqué : Débarrassez-vous des écoutes de foc et faites tourner... le bateau ! Dix tours au moteur, c'est dix tours dans la voile. Portant : spi or not spi ? A partir de 32 pieds, une chaussette sécurise les manœuvres, d'autant que les vastes trampolines forment une parfaite plate-forme d'envol pour le spi asymétrique... La voile de portant idéale en solo, c'est le gennaker. Cette voile est mise en place roulée, amurée sur un court bout-dehors. Avec son bout en continu qui commande l'emmagasineur, le gennaker se roule ou se déroule en quelques secondes. Le rendement de cette voile très plate est excellent du bon plein au largue. Il reste bon au grand largue sur les multis les plus rapides qui créent beaucoup de vent apparent. Ces unités naviguent en effet avec un angle de vent plus pointu. Pensez à l'escale à ranger votre gennaker dans la soute. Sans bande anti-UV, le nylon supporte mal les UV.

Quotidien d'un solitaire
Personne n'est là pour vos donner à boire ou vous enduire de crème solaire... Préparez et mettez en évidence tout ce dont vous aurez besoin dans la journée. Barres de céréales, eau, vêtements plus chauds, casquette, téléphone (dans une pochette étanche) lunettes de soleil... tout doit être à portée de main. La facilité d'accès à l'intérieur offerte par les multicoques améliore sensiblement la vie du solitaire, qui ne rechigne plus à se préparer un petit en-cas. Beaucoup de choses à faire... et puis plus rien. Votre multi file tout seul, bien réglé. Prenez le temps de vous préparer un vrai plat chaud, lisez, écoutez de la musique, lâchez-vous, méditez... C'est ça aussi, la navigation en solitaire : prendre du temps pour soi, rien que pour soi. Tellement rare aujourd'hui !

Première nuit en mer
Pas pour une première fois... attendez d'être bien rôdé avant de vous lancer. La principale difficulté est de tenir la veille, théoriquement obligatoire donc constante. Le solitaire doit pourtant bien dormir un peu. D'où l'intérêt d'infléchir le cap vers le large, où il y a moins de bateaux. Moins de casiers, de filets et de billes de bois également... Il est essentiel de jauger la densité du trafic alentour. En plein océan, on peut se permettre de s'assoupir quelques heures, surtout si le radar est en marche avec une alarme efficace. Près des côtes, dormir 10 minutes par bonne visibilité est un maximum. Et quand vous traversez un rail de cargos ou une zone de pêche, gardez l'œil ouvert. Un bon truc si un autre voilier fait la même route que vous : demandez-lui de se positionner 200 m devant vous, même cap, même vitesse. Il vous ouvre la route, allez dormir avec votre VHF allumée. Vous pourrez inverser les rôles plus tard dans la nuit. Prévoyez des vêtements et boissons chaudes, des lampes torches et surtout une lampe frontale, indispensable dans l'obscurité pour conserver l'usage de vos deux mains.

Pourquoi pas une escale au mouillage ?
Jouez la simplicité : si des corps morts sont disponibles, profitez-en. Sinon, la plupart des multis sont équipés d'un guindeau, alors ne boudez pas votre plaisir, mouillez l'ancre ! Une opération infiniment plus simple que de s'amarrer au bout du ponton. Evitez juste les fonds douteux et surtout trop profonds. N'oubliez pas que vous êtes tout seul s'il faut plonger dégager la pioche. Idem avec les calanques surpeuplées et les criques exposées au clapot : laissez tomber. Vérifiez la tenue de votre mouillage par un coup de marche arrière.



Bon à savoir :
En solo dans le baston
Tenir, ne pas faire de bêtise, et ramener bonhomme et bateau à bon port. Essuyer un coup de vent en solitaire est une expérience éprouvante mais ô combien formatrice !


Coup de vent, bobo, mal de mer... et si ça part en vrille ?
Inutile de se voiler la face. Une navigation en solo peut très vite mal tourner. Le mauvais temps réclame encore plus d'anticipation. Pas question de se faire surprendre la nuit dans un grain sous spi en tête. Une bête entorse sur le trampoline, un coup de bôme sur la tête : personne n'est là pour vous soigner. D'où l'intérêt de tenir à jour sa pharmacie, et surtout, de disposer d'un moyen de communication sûr, c'est-à-dire un téléphone portable, et une VHF près des côtes. Pour le grand large, un téléphone par satellite type Iridium est un excellent investissement, de même qu'une balise de détresse. Les avaries sont plus pénibles à gérer en solitaire. Un bout dans
l'hélice réclame bien plus de précaution... On ne plonge pas sous le bateau au large sans avoir bien préparé son affaire. Quant au mal de mer, il répond souvent présent quand les trois F sont au rendez-vous : Froid, Faim, Frousse. Mais il disparaît généralement au bout de trois jours. Certains traitements sont efficaces, mais gare à la somnolence, un effet secondaire fréquent.

 

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