Multicoques Magazine, l'essentiel du catamaran et du trimaran
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20 années de multicoques 60' open

20 années de multicoques 60' open

Après l'extravagante chevauchée solitaire de Lionel Lemonchois pendant le Rhum 2006 et la spectaculaire Route du Café 2007 de Franck Cammas et Steve Ravussin, il est difficile de croire à la disparition programmée des 60' Open en 2009! Leur destin semble pourtant scellé, malgré une saison 2008 bien remplie!

Qu'est-ce qu'un 60' ORMA ?

Un 60' Ocean Racing Multihulls Association est un multicoque (cata, prao ou tri) dont les contraintes de jauge sont minimalistes :
•    Longueur hors-tout limitée : 21m
•    Longueur à la flottaison : 18.28m
•    Hauteur maximale du mât : 31m
•    Corde maximale du mât : 85cm

Une envie immodérée de vitesse

Génétiquement marquées par leur invraisemblable quête de vitesse et d'absolu, ces machines violentes et gracieuses sortiront de la scène médiatique comme elles y sont entrées : à donf!
En 20 ans, ces funambules survoltés ont tout osé et fait voler en éclats les limites connues (ou supposées) de la navigation à voile. Ces étoiles filantes préparent leur dernière saison de course, il est encore temps d'assister au spectacle!

Mais d'où viennent ces iconoclastes ?
L'arbre généalogique de cet apogée est complexe, les trimarans 60' puisent la recette de leur perfection dans un chaudron fertile alimenté par des centaines de préparateurs, coureurs, metteurs au point, architectes et techniciens souvent anonymes; le "fil rouge" de leur histoire est donc une évocation subjective, j'espère ne pas surexposer les uns en étant injuste avec les autres.

Ocean surfers
Vers le milieu des années 80, on assiste à un foisonnement d'initiatives architecturales audacieuses, les trimarans de Derek Kelsall paraissent trop sages, les créations de Dick Newick presque classiques et une poignée de jeunes architectes veut tout oser. GORDANO GOOSE, construit en 1981 par Nigel Irens, concrétise une transition : il ressemble à un Newick mais l'étroitesse de la coque centrale, la structure continue des bras et le volume de ses flotteurs annoncent la génération suivante. Boosté en Formule 40, il sera d'ailleurs un des premiers tris à (presque) monter sur son flotteur en navigation. Avant lui il y a THREE LEGS OF MANN, VSD, MOXIE, ROYALE; après lui, APRICOT et PARAGON !
De 82 à 86, le Rhum d'Etevenon laisse le champ libre à la recherche, Horaces et Curiaces (catas et tris) s'empoignent au sommet. WILLIAM SAURIN (tri Kelsall/Eugène Riguidel de 25.90m) et ROYALE (cata Le Graal/Loïc Caradec de 25.90m) sont qualifiés d'excessifs! Ils butent surtout sur les limites technologiques d'une époque. La course au large cherche son format et la victoire d'un 50' (UMUPRO JARDIN/Yvon Fauconnier) dans la Transat Anglaise 84 fait réfléchir les observateurs attentifs!
Pendant ce temps, les excès de la classe 40' qui délaisse les parcours au large pour des inshores, ouvrent d'autres perspectives aux architectes et leur offrent un champ d'expérimentation magnifique. La créativité de Gino Morelli ou Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot Prévost transfigurent la plate-forme trimaran et asphyxie l'évolution des catamarans, la messe est dite : BISCUIT CANTREAU, le visionnaire, prophétise GROUPE PIERRE 1er et RMO. Autre plateforme-concept survitaminée : OCEAN SURFER de Richard Newick! En 1987 le sorcier abat une carte maîtresse qui passera relativement inaperçue et rassemble pourtant de nombreux éléments d'anticipation dont le mât-aile rotatif basculant et un dessin général au service exclusif de la puissance et de la vitesse : les aménagements ont disparu.

Ceux qui ont montré le chemin
La démonstration d'APRICOT (Irens) dans la Course de l'Europe 1985 libère les dernières réserves et fait sauter les verrous de la conception classique de trimarans. SEBAGO (Adrian Thompson) semble issu de la saga de Georges Lucas, il préfigure l'avenir, mais ne fait pas d'étincelles en course, contrairement à HITACHI (Mvp-Vlp), FLEURY MICHON VIII ou FUJICOLOR (N.Irens). Entre 1986 et 1990 tout change, l'évolution s'accélère, la ligne de départ du Rhum 90 voit s'aligner les premiers 60' modernes : GROUPE PIERRE 1er, RMO, FLEURY MICHON IX et FUJICHROME. Leurs créateurs (Irens et VP/LP), rejoints plus tard par M.Lombard, resteront au sommet pendant 18 ans!

De quoi ne sont-ils pas capables ?
On se le demande! Leur énergie est communicative, leur beauté convaincante, leurs performances inimaginables même pour les initiés et ils flanquent la trouille aux "balaizes" du bar de la Marine! Leur pouvoir de mystification est donc enviable. Grâce à eux la gondole de supermarché surfe à 30 nœuds, le sandwich d'autoroute se hisse au rang d'agapes pour héros du quotidien. Assurances, conserves et autres biscuits s'épanouissent sous leurs embruns médiatiques.

Pourquoi vont-ils aussi vite ?
Ces machines extrêmes sont parvenues à un niveau de fiabilité admirable considérant leur rapport poids-puissance et leurs performances. Il faut se souvenir que la zone rouge de RMO commençait à 25 nœuds en 1990, Lionel Lemonchois cherche celle de GITANA XI au-delà de 35 nœuds!
Les vitesses cibles (moyennes) des solitaires laissent sans voix : 18 nœuds au près par 25 nœuds de vent avec un angle réel de remontée de 47°, ou 28 noeuds au grand largue! Cela est rendu possible par une approche créative et expérimentale systématique comme sur les Class America… (Mais sur une forme pertinente!). La raideur de châssis est optimale afin de transmettre la puissance et de maintenir la rigueur géométrique. Les liaisons au sol sont prodigieuses : l'efficacité des foils qui génèrent portance et effet anti-dérive permet de limiter la surface de la dérive centrale. Les flotteurs deviennent capables de percer complètement la vague en supportant 3 fois le poids du bateau en appui, les safrans s'escamotent, les mâts vrillent dans les hauts (le vent adonne de 15° à 25m) et basculent dans le plan horizontal et latéral pour cabrer le bateau! Les 60' ont su tirer parti de l'explosion technologique des années 1990-2000, leurs voiles sont toutes des laminés dernière génération capables de transformer la moindre variation du vent en poussée via un gréement entièrement textile dont les résistances sont prodigieuses (9t sur une écoute de GV)! Ces trimarans se comportent comme des catamarans, stabilité en plus, et réalisent une grande partie du rêve de l'hydrofoil : s'affranchir de la surface mouillée, mais, eux, ils traversent l'Atlantique! Naviguer sur un flotteur est sans doute l'apport déterminant des marins du 20ème siècle, c'est également une expérience individuelle unique.  

Alors pourquoi s'arrêter ?
Les budgets de construction, d'entretien et de développement explosent et d'aucuns pensent qu'une formule monotype plus grande (70') coûtera moins cher (sic) et permettra d'assurer les plates-formes, pérennisant ainsi le format.

Les enjeux de l'avenir
Si la décision paraît compliquée, les alternatives sont simples :
-    Conserver la taille de 60' en glissant vers la monotypie (mais toute modification de jauge est potentiellement ruineuse pour les coureurs et les sponsors).
-  Faire plus grand sachant qu'il existe un risque de ne pas atteindre la masse critique de participants qui exprime la vitalité et la sportivité d'une classe.
-   Faire plus petit avec la certitude de rassembler des projets et de favoriser la coexistence d'amateurs éclairés et de professionnels sur des plate-formes aux budgets plus accessibles (mais répartis sur un plus grand nombre de concurrents ce qui ne plait pas à tout le monde!).

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